[ROMAN] Rêves d’Utica : la recherche documentaire

Exemple du fouillis rassemblé pour écrire mon premier roman Rêves d’Utica

Deskentropy - PhD Comics

Deskentropy – PhD Comics

Pas des conseils d’écriture ici, je ne me le permettrais pas !
Plutôt un retour d’expérience sur l’étape de documentation pour mon premier roman de SF, et qui m’ont étrangement rappelé un boulot que je fais depuis des années… En effet, ce n’est pas parce qu’on écrit de la science-fiction que tout vient de la tête ! Il y a avant tout, un gros travail de recherche à faire…

Pour un roman, le travail de recherche documentaire n’est pas si différent de celui réalisé pour un mémoire de master ou une thèse (j’en sais quelque chose). En gros, c’est encore et toujours du boulot de fond. Néanmoins, le régime alimentaire est bien plus diversifié ! On ne devient pas hyperspécialisé en un seul domaine, mais plutôt compétent dans un grand nombre, sur une échelle allant de novice à expérimenté.

Bien évidemment, l’objectif est d’écrire un roman, pas un traité sur la pollution des zones humides par les hydrocarbures. Donc, tous les éléments étudiés doivent être saupoudrés dans le texte, distillés de manière acceptable pour le lecteur (pas facile !) Le tout est de rendre l’univers crédible. Aussi, ces éléments doivent-ils servir l’histoire, et pas seulement être présents pour se faire plaisir !
— Bon, un petit peu quand même, non ?

Voici donc les quoi, où et à quel moment ? de la recherche documentaire liée à ma première expérience d’écriture de roman :

1) Quoi ? Quelles connaissances et pour quoi faire ?

a) Celles qu’on a déjà
– pour commencer, j’ai parlé de sujets que j’aimais et que je connaissais. Cela m’a donc permis d’actualiser de vieilles connaissances dans des domaines divers : l’archéologie et l’histoire africaines, les contes et la mythologie, par exemple. Même si l’on croit connaître pas mal de choses, il reste d’énormes lacunes qu’il est plutôt facile de combler de nos jours (vive Internet !) ;
– l’expérience personnelle est plutôt intéressante à exploiter, car on parle beaucoup mieux de ce que l’on connaît : voyages, sentiments, souvenirs, etc., des choses vues ou vécues, que ces expériences aient été heureuses ou non.

b) Celles qui nous manquent !
– là où cela devient intéressant, c’est quand on commence à rechercher des éléments nouveaux, qui permettent d’en savoir un peu plus sur le monde qui nous entoure. Par exemple, je me suis trouvé de nouvelles marottes : la physique quantique, l’impression 3D, les prothèses et les gueules cassées, pour n’en citer que quelques unes ;
– mais parfois, il faut aller plus loin et même mouiller sa chemise ! (voir infra).

2) Où ? Mais oui, où trouver les ressources à utiliser ?

Il est vrai que nous vivons une époque formidable, dans ce qu’elle a de plus contrasté et qui nous donne le meilleur comme le pire. Dans le meilleur, citons un accès privilégié à l’information. Il ne tient qu’à nous ensuite, de savoir faire le tri.

Les sources de documentation, de la plus évidente à la moins évidente :

a) Internet : évidemment, se coller à l’écran et découvrir tout un tas de choses sur tout un tas de sujets. D’où le fameux tri : recoupement d’informations, recherche de données fiables, provenant de sources réputées et crédibles ;

b) les bouquins : évidemment-bis, mettre le nez dans le papier. Pourquoi l’ai-je mis en deuxième position, après Internet ? Parce qu’Internet m’a aussi permis de trouver les bouquins qui me manquaient grâce à ses puissants algorithmes de recherche. Donc, on consulte aussi la toile pour trouver du papier. Ensuite, tout est bon à ingurgiter : romans, essais, articles, textes anciens, dictionnaires, etc. Les BD, comics et mangas sont aussi de très belles sources d’idées, de ressorts scénaristiques et bien sûr, d’images ;

c) les cartes : réviser sa géographie ne fait pas de mal, que ce soit pour inventer un univers fictif, que pour s’appuyer sur des données réelles (altitude, orographie, hydrographie, géopolitique, etc.) comme j’ai pu le faire ;

NB : Si vous voulez une lecture très documentée reprenant ces trois premiers points a), b) et c), je ne saurais que trop vous conseiller l’excellent diptyque fantastico-historique La 25e Heure et Le Chrysanthème Noir de mon cher et tendre Feldrik Rivat, qui se déroule à Paris entre 1888-1889. Le travail de documentation y est énorme : rues, monuments, costumes, moeurs de tous les milieux sociaux, argot, méthodes policières en vigueur, inventions, sciences et techniques, événements historiques jour par jour, personnages réels, etc. C’est tellement bien fait qu’on ne sait plus distinguer la réalité de la fiction !

d) les films, séries et documentaires : c’est quand même une partie bien sympa du travail ! Des images, encore des images, et en plus, on apprend plein d’astuces de scénario ! Concernant les documentaires, certains sont parfois peu ragoûtants (ex. guerres, etc.) mais nécessaires pour vraiment se représenter les choses ou pour se mettre dans un état émotionnel particulier (empathie, colère, tristesse, joie, etc.)

e) la musique : car oui, écouter des morceaux adaptés à ce qu’on écrit permet aussi d’atteindre certains états émotionnels et peuvent, le cas échéant, révéler leur lot de surprises… Quelques bonnes découvertes musicales en prime ! 😉

f) l’expérience personnelle : utiliser son propre passif ou toute chose vue, vécue, ou dont on aurait entendu parler permet de créer des personnages auxquels le lecteur peut s’identifier (en tout cas, je l’espère !) Outre cela, et c’était là aussi où je voulais en venir lorsque je parlais de mouiller sa chemise, on peut aussi se rendre sur place (voyage, visite, ex. plusieurs pays d’Afrique) ou pratiquer l’activité ex. sports de combat, camper en forêt tropicale. Promis, je te ferai un article là-dessus 😉 ;

g) suivre un cours : pour poursuivre avec le trempage de chemise, on peut tenter l’expérience de s’inscrire à une formation ! Petite revanche personnelle et sur mes profs de collège : nulle en physique et en maths, j’ai suivi pour Rêves d’Utica un cours en physique quantique/des particules, plus un cours de robotique. Je me suis accrochée et j’ai vaincu !

3) À quel moment ? J’ai noté trois étapes de recherche documentaire pour Rêves d’Utica

a) celle en amont du scénario
— Évidemment !
C’est donc ici le gros de l’épluchage. Alors on fait les courses, on sort du placard tous les trucs sympas qu’on voulait utiliser, on décortique et on découpe le tout, on mixe, et hop ! À défaut de faire une bonne soupe, au moins fera-t-on une recette personnalisée.

b) celle en cours d’écriture
— Ben mince alors ! Il manque des trucs !
Car quand on écrit, on passe son temps à rechercher tous les détails qui nous auraient malencontreusement échappés.
— Et oui, il est à quelle altitude ce foutu mont Stanley ?
Mais un conseil, si tu souhaites faire des recherches sur des produits dangereux et/ou complètement interdits à cause du climat mondial troublé (genre, de ceux qu’on n’a pas le droit d’emmener en avion), utilise un moteur de recherche intraçable, et munis-toi d’un bon antivirus ! Expérience personnelle : une recherche, un ordi qui rame et qui est en surchauffe, et trois jours pour virer les spywares qui l’avaient infesté !
Maintenant, je sens que tu es intrigué/e, pas vrai ?

c) celle lors de la réécriture
Il y toujours des détails à affiner, afin de renforcer les effets et les ambiances, mais aussi le caractère des personnages. Un temps de décantation entre l’écriture et la relecture des chapitres m’a souvent été nécessaire, afin de prendre le recul (affectif !) nécessaire et de ne toucher qu’à la technique.

Même si l’ambition de Rêves d’Utica n’est pas de révolutionner la SF, au moins pourra-t-on dire que j’y ai mis de la bonne volonté.

Un petit bilan à la louche, et mine de rien ça fait déjà pas mal de choses (rassemblées sur la durée, je précise). Donc, pour la confection de Rêves d’Utica, j’ai :
lu (VF et VO, of course) une centaine de romans, BD, comics et mangas (SF et cypberpunk surtout) et une douzaine d’essais (mythologie, transhumanisme, post-apo, etc.), plus de deux cents articles scientifiques (surtout VO, of course-bis, de toute façon, pas vraiment le choix) et de vulgarisation (robotique, cybernétique, conflits armés, archéologie, etc.) Et je suis sûrement encore loin d’avoir fait le tour (tes conseils de lecture sont les bienvenus) ;
visionné une trentaine de films et deux séries de SF, une bonne vingtaine de reportages plus ou moins ragoûtants (faune encore en mouvement et en vie, guerres diverses et génocides. Oui, je sais, je suis quelqu’un de très joyeux) ;
suivi deux cours complets avec examens ! (physique des particules et robotique in English avec accent so frenchy, aïe !) ;
dressé une carte des lieux traversés (hydrographie, villes et leur histoire, sites d’intérêt notamment archéologiques, ressources, faune, flore, etc.) ;
compilé une banque de plusieurs centaines d’images sur l’univers (inspiration graphique, quand tu nous tiens) ;
réalisé une playlist (au moins 8 h de titres, les goûts et les couleurs) pour pouvoir me plonger dans des ambiances spécifiques, ou me mettre dans des états émotionnels particuliers pour rédiger certains chapitres. Notamment pour les parties personnages (caractère, coups de gueule, tristesse, etc.)

L’avantage est que ce qui a été appris avec ce premier roman va sûrement me resservir ! (univers, etc.)

En conclusion, écrire, ce n’est pas juste de raconter une histoire qui sort de son petit cerveau, mais demeurer un éternel étudiant, passionné par tout !

L’expérience m’ayant vraiment plu, je pense récidiver !

En espérant que cela te plaira 😛

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