[SOCIETE] L’avènement de la culture pop dans les médias : reflet d’une nouvelle génération au pouvoir ?

Et si les générations X et Y étaient en train de changer la face des médias ?

C’est une question que je me pose depuis quelques temps en observant deux phénomènes : à la fois 1) une mutation des médias traditionnels (presse écrite, radio, TV), y compris ceux portant l’étiquette de « médias très sérieux », et 2) une inventivité croissante en lien avec les nouvelles technologies.

Quelques réflexions ci-après…

Quels sont les acteurs de ce changement ?

D’après mon ami Wiki, la génération X définit les personnes nées après le baby-boom d’après-guerre, c’est-à-dire entre 1961 et 1981, tandis que la génération Y définit les personnes nées entre 1980 et 2000. Notez que si on est né en 1980 ou 1981, on peut être les deux… Cela donne des gens qui ont actuellement entre 56 et 36 ans pour les premiers, entre 17 et 37 ans pour les seconds. Avec mes 33 ans, (née en 1984), je me retrouve donc dans les premières années de la génération Y.

Oui, mais…

Pour qu’il y ait incursion dans les médias de sujets un peu plus populaires, plus ‘ »jeunes » (je mets des guillemets à dessein), il faut que ces personnes aient fini leurs études, soient actuellement en poste dans les médias et soient suffisamment implantées dans la vie pour proposer un contenu proche de leurs goûts. J’estime que cette génération se centre principalement dans une fourchette située entre 30 et 45 ans.

Que font tous ces gens ?

Un petit recensement des métiers que j’ai vu passer : il y a des journalistes culturels, des chroniqueurs, des patrons innovants, des producteurs, des réalisateurs, mais aussi des universitaires et des écrivains qui n’hésitent pas à passer de la fiction à l’essai sur un courant littéraire ou une série TV. Tous ces gens sont des experts et ils interviewent, invitent ou parlent d’autres experts, provenant également d’horizons très divers.

Quelles sont leurs références ?

Les nouveaux sujets des médias sont largement puisés dans les souvenirs de cette génération aux manettes, souvenirs d’enfance et d’adolescence en particulier. Il s’agit pour eux de mettre en avant ce qui les a fait rêver, ce qui les a amusés ou fait trembler durant leurs premières années. Tout y passe : TV, musique, animés, jeux vidéos, films, livres, BD dans toutes leurs déclinaisons, etc. Cela fonctionne d’autant mieux lorsque ces objets sont sériels ! En somme, ça goûte bon ce qui fait plaisir… De quoi mettre plein de licornes et d’arcs-en-ciel dans un horizon géopolitique souvent morose.

Et la culture dans tout cela ?

L’intérêt que je vois dans cette mutation récente, c’est que nous ne parlons pas de lubies de gamins ou d’adulescents nostalgiques. Il s’agit bien là d’ériger tous ces produits au rang d’objets culturels à part entière, reflétant ainsi les différentes passions de personnes devenues des adultes. Et le fait d’aimer la culture dite populaire, liée à l’Imaginaire au sens large, ne les empêche absolument pas d’aimer également l’opéra et le théâtre, Vivaldi et le jazz, la littérature classique ou les drames contemporains. Non, l’amoureux de la culture pop a aussi des goûts complètement éclectiques.

Ont-ils des maîtres ?

Oui, ils en ont, et beaucoup ! Ces journalistes, chroniqueurs, auteurs, etc. n’hésitent pas à parler de personnes qui les ont fait rêver quand ils étaient mômes, à revenir sur leur parcours et sur leur oeuvre. Ce sont des inspirateurs, créateurs des générations antérieures, adulés par un cercle restreint de passionnés-spécialistes, mais aussi détestés, ou le plus souvent ignorés par une certaine élite. On parle bien ici du problème d’une certaine bien-pensance germanopratine qui, du moins en France, décide depuis des décennies de ce qui relève de l’ordre de la culture, et ce qui doit être jeté aux ordures du bas peuple. Mais à une époque où les livres sur Star Wars inondent les tables des librairies, on remarquera aussi que la littérature dite de genre reste à part des tables de la rentrée littéraire… Il en a toujours été ainsi, mais les créateurs ignorés ou vomis finissent toujours par être considérés tôt ou tard comme des maîtres.

La SF, c’est pourtant un vieux truc, non ?

N’en déplaise à certains Germanopratins, la SF, c’est quand même un vieux truc, et bien ancré dans la culture française, souvent intégré au patrimoine classique. Jules Verne, ça vous dit quelque chose ? J’ai habité pendant deux ans à Nantes dans l’immeuble en face de celui où il a vécu ! Pas possible d’oublier un tel précurseur quand on passe au moins deux fois par jour devant la plaque du 6 rue Jean-Jacques Rousseau… Le 6, c’est aussi le lieu de la première projection publique à Nantes d’un film des frères Lumière en 1895. C’est toujours mon ami Wiki qui le dit.

Quels sont les médias concernés ?

Les médias traditionnels, et c’est en cela que c’est intéressant. Les médias papier, revues et journaux, la radio et la TV s’y sont mis. N’ayant pas la télévision depuis plus de quinze ans et vivant à l’étranger depuis plus de 6 ans, je laisse à d’autres le soin de compléter cet article subjectif avec leur propre référentiel.

Oui, mais…

Il faut ajouter quelques bémols concernant le constat d’expansion des sujets « pop » dans les médias traditionnels.

La presse papier et en ligne

Concernant les revues et journaux « sérieux », je remarque que ce sont souvent des articles disponibles sur Internet et en accès libre, donc pas imprimés dans le journal traditionnel, ou de blogs hébergés par des journaux en lignes. On citera comme exemples les excellents Pixels du Monde et le Point Pop du Point, où l’on retrouvera aussi bien des sujets de société, une veille technologique, des articles de synthèse sur un courant ou un cinéaste, que des critiques de livres, de films ou d’expos.

Quand la radio s’en mêle

Concernant les émissions de radio, rares sont celles qui existent tout au long de l’année, parmi lesquelles on peut citer La Méthode scientifique (plus scientifique mais qui est bien ouverte à la SF) et Mauvais Genre (plus polar et plus consensuelle) sur France Culture. La norme relève plutôt des traitement ponctuel des sujets pop dans des émissions de débats, comme par exemple l’émission sur les super-héros, avec le journaliste Philippe Guedj, le critique ciné  Xavier Leherpeur et le philosophe Emmanuel Pasquier, ou celle sur le transhumanisme dans le Débat de Midi sur France Inter pour laquelle avaient été invitées deux personnes que j’aime beaucoup : l’auteure de SF Catherine Dufour et l’artiste cyberpunk Yann Minh. Avec ce dernier sujet, nous avons un sujet sorti d’un contexte scientifique plus classique, démontrant à quel point il s’agit désormais d’un sujet de société.

De même, certaines émissions pop n’existent que pour un mois durant l’été… Je citerai en particulier l’excellent Bockbuster de ce mois de juillet 2017, sur France Inter, avec des invités tous plus geeks les uns que les autres, fans, passionnés et experts dans leur domaine. Une vraie bouffée de gaieté ! Chaque émission est une véritable madeleine de Proust : Dallas, Harry Potter, Thriller de Michaël Jackson, Retour vers le futur, Pokemon, Game of Thrones, Buffy contre les vampires, Zelda, Star Wars, Saturday Night Fever et Grease, Millenium, Friends, Miyazaki, Disney, Astérix, Star Treck, Madonna, Dragon Ball, Street Fighter et Marvel. Alors, ça goûte toujours bon, n’est-ce pas ? Y compris quand les objets culturels datent plutôt de la génération de nos parents ! Rien que Star Wars, ça me rappelle les soirées ciné que l’on faisait avec mes parents (= tout début de la génération X) !

 

À la recherche de nouveaux canaux

La vidéo pour tous

Revenons à nos moutons. Quand on parle de SF ou de culture pop au sens large, il faut être cohérent jusqu’au bout, rester dans l’innovation et ainsi rechercher en permanence de nouveaux supports et de nouveaux médias. YouTube a été pour cela d’un très grand secours, faisant découvrir en images des pans entiers de cette culture honteuse. Beaucoup de personnes se sont lancées, souvent avec peu de moyens. Un boulevard s’est alors ouvert aux créateurs de tous poils qui ont le mérite de faire partager leurs passions. Un grand nombre de chaînes de qualité existent, avec du contenu, une écriture, une mise en situation qui permettent de tout comprendre en quelques minutes. Allez, pour ne citer que deux chaînes parmi des centaines : Nexus VI et Le Fossoyeur de films. Mais si ça vous tente, n’hésitez pas à partager vos coups de coeur dans la barre des commentaires.

Les nouveaux concepts

Ce qui est super avec Internet, c’est que l’accès au virtuel et la dématérialisation des supports n’empêchent aucunement de continuer à apprécier les supports physiques ou les monstres sacrés des générations précédentes. Comme exemple récent de cette recherche perpétuelle de sens et de nouveaux concepts, citons le fantastique Carbone. D’abord un site Internet, Carbone prône le transmédia et propose deux sections principales : Chroniques et Fictions. Vous allez me dire « Et après ? » Ce qui change d’un site classique de partage de chroniques ou de mise en ligne de fictions comme les nouvelles, c’est à la fois le fond et la forme. Les critiques et les dossiers thématiques de la section Chroniques parlent de cette culture pop, et de manière très pointue. Un vrai régal. Toutes les périodes sont présentées, comme l’illustre l’onglet « Peritel » en référence à la fameuse prise TV que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Concernant la section Fictions, on renoue avec les strips et les feuilletons : effet addictif garanti. En ce qui concerne la forme, le parti-pris graphique renoue avec les comics et aussi une esthétique des années Métal Hurlant (1975-1987 principalement). Le design est fluide, agréable à manipuler et responsive, c’est-à-dire adapté aux tablettes et smartphones. Et c’est là que ça devient aussi très intéressant, car Carbone utilise pleinement des technologies actuelles, en proposant notamment des fictions sur Instagram, des bandes son sur Spotify, des liens hypertextes renvoyant à des définitions, etc. Mais son ambition ne s’arrête pas au numérique, puisque Carbone a déjà un agenda bien rempli, avec la publication d’essais sur des thématiques pop et celle d’une revue épaisse qui a bénéficié d’un financement participatif avec succès. Même la revue déconstruit notre vision classique d’une publication papier, avec un sommaire éclaté, filant la métaphore de la carte au trésor, thème du premier numéro. À la manière des pages sur Internet, le lecteur créera ses propres liens au fur et à mesure des pages et pourra également piocher sur la toile des contenus complémentaires. Bienvenue dans l’ère du transmédia !

Quelles suites pour ce mouvement ?

On voit bien que cela pousse, que cela gronde, et qu’une vague s’amorce vers une plus grande visibilité de la culture pop, trop souvent dénigrée en France contrairement aux autres pays. Pour s’en rendre compte, il suffit d’être en dédicace à Livre Paris dans le coin fourre-tout de la littérature dite de genre (hors polar qui a récemment acquis ses lettres de noblesse) et de comparer cela avec l’accueil chaleureux reçu à Bruxelles et à Genève. L’exemple emblématique de cette année est l’Appel de l’Imaginaire dont j’ai déjà parlé ICI et qui revient complètement sur ce problème du dénigrement de la culture pop. La suite donnée à ce manifeste est l’organisation d’états généraux de l’Imaginaire durant les Utopiales 2017, afin d’amorcer une réflexion générale pour une meilleure considération et une meilleure représentation médiatique de cette culture populaire.

Mais si cet avènement de nouveaux sujets et de supports propres à ma génération, dans lesquels je me reconnais et qui me procurent tant de plaisir, n’étaient pas déjà en passe d’être complètement obsolètes ?

Le portrait que j’ai brossé ici est loin d’être complet, y compris sur mon propre ressenti. En tant que trentenaire je ne me sens pas si dépassée, si obsolète que cela, malgré une pression technologique constante (et en tant qu’auteure de SF il faut suivre !) Et pourtant ! Néanmoins, je me demande si la culture pop qui me fait tant plaisir à lire et à regarder, parce qu’elle est ancrée dans ma génération, n’est pas déjà en grande partie… de la culture de vieux !

La culture populaire devient protéiforme, notamment à cause de/grâce à ces nouvelles technologies et l’évolution constante des supports. Citons par exemple, la plateforme en ligne Wattpad sur laquelle je me suis récemment inscrite (et c’est top-moumoute, car ça donne plein d’idées de contenus à proposer). Wattpad dézingue l’édition et la diffusion traditionnelles des littératures de l’Imaginaire, en proposant gratuitement des textes sous la forme d’épisodes. Il s’adresse à un public souvent très jeune (13-18 ans) et le rend acteur à part entière de cette création. En dédicace, j’ai été étonnée par le nombre de jeunes qui m’ont dit ne plus acheter de livres et lire sur Wattpad parce que c’était gratuit… et aussi qui écrivaient dessus ! La communauté est présente pour orienter les auteurs en herbe en donnant avis et conseils. On est loin de l’écrivain qui travaille dans son coin. Bien sûr, il y a à boire et à manger sur Wattpad, mais certains éditeurs avouent faire déjà une veille sur ce support afin de dégoter les talents de demain.

Enfin, certaines choses semblent se dérouler dans des profondeurs de l’Internet auxquelles je n’ai pas accès, soit parce que j’ignore l’existence de ces nouveaux moyens et supports, soit parce que ceux-là sortent du cadre de mes centres d’intérêt, de mes compétences ou du temps imparti dans ma journée pour déjà suivre la marche de ce monde peuplés de fous.

 

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2 réflexions sur “[SOCIETE] L’avènement de la culture pop dans les médias : reflet d’une nouvelle génération au pouvoir ?

  1. L’article m’a fait réfléchir à un truc tout con:
    Les formes de médias et genres qui aujourd’hui dominent la culture « acceptable » n’ont-t-elle pas un jour été aussi très critiquée.
    Je pense au films d’auteurs à la française un peu pétés qui pullulent à Canne et en festival. La plupart prennent leur source dans la Nouvelle Vague française, mouvement initié pour dynamiter le cinéma « à l’ancienne » qui déplaisait tant à ceux qui en sont venu à le définir. Et pourtant ces films à l’époque atypiques et controversé sont aujourd’hui accepté comme l’opposition logique au film de divertissement à l’américaine. Bon c’est sur qu’en France on est pas aidé parce que quand quelqu’un essaye de produire un blockbuster de genre, c’est Luc Besson qui s’y colle et il nous ponds « Valérian et la Cité des Milles Planètes ».
    Bref, théorie basée sur ce qu’il m’a semblé avoir compris:
    Est-t-il possible que la solution soit celle mentionnée dans l’article, des « Etats-Généraux de l’Imaginaire »? Faire une poussée dans la conscience populaire? Peut-être qu’avec le temps, l’Imaginaire (re?)deviendra « mainstream » quand ce sera aux gens des générations X et Y (Surtout Y) de prendre la place des baby-boomers qui dictent le culture actuelle?

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  2. Je me reconnais bien dans cette génération, bien que je sois un chouïa en-dessous de la tranche d’âge, sans doute parce qu’elle m’a inspiré. Mélanger la culture populaire et des choses dites plus sérieuse, aimer Batman et Vivaldi, ou mélanger la bd et les ouvrages érudits, sans que ce soit mon objectif premier, je me retrouve à le faire et c’est vraiment très inspirant.

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